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Article du ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu intitulé « Notre préférence en Méditerranée orientale est la Diplomatie sans conditions préalables » publié dans le journal Kathimerini, 15 septembre 2020

Article du ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu intitulé « Notre préférence en Méditerranée orientale est la Diplomatie sans conditions préalables » publié dans le journal Kathimerini, 15 septembre 2020

[Traduction informelle en français du texte original en anglais]

La Méditerranée a toujours été le berceau de la civilisation ainsi qu'un bassin d'interaction constante culturelle et économique. Dans cette géographie, notre passé, notre présent et notre futur sont inextricablement liés. La Turquie et la Grèce n'ont toujours eu que deux choix : s’affronter d’une manière qui nous nuit à tous les deux ou trouver une formule gagnant-gagnant afin de définir une voie d'avenir mutuellement avantageuse.

La logique du « voisin permanent » implique naturellement le respect mutuel des droits de chacun. Malheureusement, cela ne semble pas être le cas pour ce que nous vivons en Turquie ces jours-ci.

Ce respect mutuel devrait à son tour se manifester par l'obligation de résoudre toutes les questions en suspens ou tous les conflits en cours par des moyens pacifiques et par le dialogue. Dans un tel esprit, les voisins ne cherchent pas l'escalade, mais recherchent la diplomatie directe et le dialogue en toute bonne foi, dans le but d'un règlement véritable des différends.

Récemment, des gouvernements comme celui de la France affichent un désir mal avisé pour leur passé colonialiste. Avons-nous vraiment oublié si rapidement que la période coloniale n'a apporté que d'énormes douleurs et souffrances à tant de peuples ?

L’époque où les maîtres métropolitains imposant leur volonté à la périphérie était un modèle de comportement accepté est révolue. Notre Président préconise que le Monde est plus grand que cinq pour appeler à un ordre international plus équitable. Nous désignons notre politique étrangère comme « entreprenante » et « humanitaire » pour souligner les valeurs que nous voulons faire prévaloir et notre infatigabilité et créativité à les poursuivre, le tout au service du dicton de « Paix dans le pays, Paix dans le monde » formulé par Mustafa Kemal Atatürk, qui avait été nominé pour le Prix Nobel de la paix par Eleftherios Venizélos. C'est pourquoi nous mettons l'accent sur le respect mutuel et les solutions équitables aux problèmes.

C'est la raison pour laquelle la Turquie soutient l'initiative de l'OTAN pour la déconfliction et l'initiative de l’Allemagne de désescalade dans le but ultime de relancer les mécanismes bilatéraux déjà établis entre la Turquie et la Grèce. Nous espérons qu'Athènes comprendra que ce sont deux choses différentes. La Turquie respecte suffisamment la Grèce pour ne pas vouloir négocier et s'entendre avec d'autres parties sur des questions qui doivent être réglées directement entre les deux voisins.

Nos objectifs fondamentaux en Méditerranée orientale sont clairs :

- la délimitation juste et équitable des frontières maritimes ;

- la protection de nos droits sur le plateau continental contre les revendications maximalistes et excessives en matière de frontières maritimes ;

- la protection des droits égaux des chypriotes turcs sur les ressources offshores de l'île par la mise en place d'un mécanisme de partage équitable des revenus ;

- la création en Méditerranée orientale de mécanismes de coopération énergétique offshore véritables, inclusifs, justes et équitables avec la participation de toutes les parties, y compris les chypriotes turcs (des propositions à cet effet sont toujours sur la table).

Une série de revendications maximalistes ne peut pas être imposée à la Turquie par l'intermédiaire de l'UE qui n'a aucune compétence en matière de délimitation des frontières maritimes. On ne peut pas couper l'accès de la Turquie à la haute mer et à ses propres zones maritimes en revendiquant 40 000 kilomètres carrés de plateau continental pour une île minuscule comme Meis (Castellorizo), qui ne se trouve qu'à 2 kilomètres de la Turquie et à 580 kilomètres de la Grèce continentale. Aucune loi, aucune logique ni aucun sens fondamental de l'équité ne permettrait d'avancer un argument contraire.

En outre, les tentatives visant à exclure un pays comme la Turquie - qui possède le plus long littoral pertinent de la région, une population croissante, une capacité de production et une demande énergétique en augmentation - des richesses de son propre voisinage ne sont pas réalistes non plus. Comme nous l'avons exprimé à plusieurs reprises, cela ne se produira pas.

Par conséquent, la Turquie fera naturellement preuve de fermeté en ne permettant pas les tentatives de nuire à ses intérêts fondamentaux. Nous maintenons une présence navale dans la région non pas à des fins offensives, mais pour nous défendre contre les interférences avec nos activités de recherche sismique sur notre propre plateau continental (qui avait été déclaré conformément au droit international il y a déjà seize ans, soit dit en passant !).

Le dialogue et les négociations sont en effet les premiers et les plus importants moyens du droit international pour traiter les questions relatives aux frontières maritimes. Nous attendons donc de la Grèce qu'elle relance tous les canaux de dialogue avec la Turquie sans aucune condition préalable. Les conditions préalables engendrent des contre-conditions préalables (croyez-moi, nous pourrions aussi en formuler quelques-unes pour notre part) et elles ne sont donc pas un bon moyen pour entreprendre des pourparlers entre deux voisins.

Chaque crise peut créer une opportunité et nous devons la saisir pour avancer pacifiquement. Il est évident que tout processus de négociation doit comporter un exercice de concessions mutuelles. L'alternative est de balayer les problèmes sous le tapis et d'espérer qu'ils disparaissent ou que quelqu'un d'autre les résolve pour vous. Cependant, les problèmes ont tendance à se compliquer au fil du temps, et encore moins à disparaître d'eux-mêmes. Nous avons besoin d'un leadership fort, efficace et rationnel afin de transmettre la paix et la sécurité aux générations futures. Cela existe dans la partie turque. Ce que nous faisons aujourd'hui définira non seulement aujourd'hui mais aussi le lendemain et vous savez trop bien que la Turquie pourra prendre le chemin que la Grèce choisira. En fait, ce choix n'est pas celui de la Turquie, ni de la France, ni de quelqu'un d'autre en la matière, mais celui des dirigeants et du peuple estimés de la Grèce.